lundi 8 mai 2017

La Vélostar 2017

La saison cyclo est à présent bien commencée, et après une participation à la Jacques Gouin et à la Blé d'Or, je poursuis avec la Vélostar, dernière des épreuves franciliennes.
 
Je ne l'avais pas initialement cochée dans mon programme, mais le fait que Jean-François et Jean-Claude y participent également, m'a rapidement convaincu. JC a dû retarder sa préparation en début de saison, mais il est à présent opérationnel et motivé comme jamais, pour sa participation à sa toute première cyclosportive.
 
Fidèle à sa tradition, la Vélostar s'élance le 1er mai, depuis un lieu différent chaque année. Cette année, c'est depuis Breuillet, dans l'Essonne, que sera donné le départ. Le parcours de 133 km comporte pas mal de côtes, pour un dénivelé avoisinant les 1200 m.
 
Je me rends chez JF, récupérons JC en route, et profitons des kilomètres qui nous séparent de Breuillet, pour nous échauffer.
 
Nous nous rendons dans les SAS de départ, où se tiennent environ 400 personnes, d'après les numéros de dossard. Tony Galopin est lui aussi au départ, et il partira devant bien évidemment.
 
Nous sommes chanceux côté temps, et malgré les prévisions météo qui avaient annoncées des averses, il n'en sera rien, et nous ne revivrons pas les conditions dantesques de la Jacques Gouin. Il faudra cependant faire face à un vent très fort, et ce, dès le début du parcours.
 
Je ne sais pas trop comment m'habiller à vrai dire, mais le vent m'incite à la prudence, et j'opte finalement pour une tenue longue et bien couverte.
 
Le départ est donné à 8h30, sans rush ni stress particulier, vu que les 3 premiers kilomètres sont neutralisés. Nous nous appliquons à rester tous les 3 ensembles, et je ne me rends d'ailleurs pas bien compte de l'endroit qui fait office de départ réel.
 
Nous roulons dans un groupe et veillons à y tenir notre place, mais rapidement une première côte va déjà morceler celui-ci. Le temps de nous regrouper, et nous continuons au sein d'un petit groupe. Le vent est déjà fort, et ce groupe s'étire rapidement. JF en profite pour tracer la route sur le côté, et nous remonter vers l'avant de ce groupe.
 
Instinctivement, JF et moi assurons les relais à l'avant, essayant de protéger JC le plus possible, du vent. Nous continuons notre progression, parfois isolés tous les 3, parfois en reprenant d'autres coureurs, mais en prenant soin de nous attendre lorsque nécessaire.
 
Régulièrement, JF appelle JC pour s'assurer de sa présence parmi nous, et il doit parfois s'assurer que ce n'est pas un imposteur qui lui répond.
 
Nous sommes à présent 15/20 coureurs, JF et moi assurons l'ensemble des relais à l'avant, avec un vent de face ou de côté plutôt fort. Je n'ai pas l'habitude de me retrouver dans cette position à vrai dire, et d'habitude c'est moi qui essaye de m'accrocher au groupe, plutôt que de le mener. Cela dit, je prends un malin plaisir à être à l'avant et à donner le tempo sur des relais parfois longs et appuyés. J'y laisse probablement pas mal d'énergie, mais qu'importe, j'essayerai de récupérer plus tard.
 
Malgré pas mal de kilomètres passés dans ce groupe, nous devons finalement le laisser filer, afin de nous regrouper tous les 3.
 
Nous nous relayons de nouveau, JF et moi, alors qu'un 4e coureur se joint à nous. Il prend part lui aussi aux relais, mais en imprimant un rythme assez fort. La cohésion entre nous n'est pas bonne, et notre progression pour rester tous ensemble un peu compromise.
 
Nous avons un groupe devant nous en point de mire, et à nous 4 nous parvenons à revenir mètre après mètre, d'autant qu'à la faveur d'une intersection, nous prenons à droite et bénéficions à présent d'un vent de dos. Nous recollons, et je dois immédiatement poursuivre mon effort, parce que le groupe est en train de perdre des éléments. Nous nous laissons emmener et pouvons enfin récupérer des efforts précédents.
 
Malheureusement, une côte a raison de JC, et je me laisse décrocher pour l'aider à revenir. Nous ne sommes guère plus de 50 m derrière, mais n'arrivons pas à boucher le trou. Une nouvelle côte, et nous devons nous résigner. Nous retrouvons JF, et poursuivons tous les 3.
 
Un peu plus loin, après avoir passé Rochefort, une côte nous sépare les uns des autres. Au moment d'aborder la descente, JF est devant et il passe le grand rond-point qui est au bout de celle-ci, et qui permet aux voitures de s'engager sur l'A10. La route est large, et je me place naturellement à droite, sur une bande de la route prévue pour les vélos. Lorsque j'arrive sur le rond-point, j'ai l'impression que la bande de peinture s'y poursuit jusqu'au bout. A partir de ce moment, tout se passe très vite, je regarde au loin le signaleur placé sur le rond-point, et m'assure qu'il arrête bien les véhicules et que je peux m'engager sans danger. Je repère en même temps la flèche m'indiquant la direction que je devrais prendre, et lorsque je pose à nouveau les yeux devant ma roue, je me rends compte avec stupéfaction, que la voie où je suis ne se termine, non pas par une bande de peinture, mais par une bordure épaisse en ciment, obligeant les cyclistes à prendre le rond-point complètement à l'extérieur. Trop tard pour réduire ma vitesse ou changer de trajectoire, et je m'enquille pleine balle sur cette bordure. Celle-ci a un effet tremplin, et je sens ma roue avant rebondir à plusieurs reprises, m'efforçant de garder le cap à partir d'un guidon devenu totalement incontrôlable. Après quelques mètres, je suis encore en équilibre, avec une lueur d'espoir de m'en sortir, mais ma roue avant se met soudainement de travers, me catapultant au sol, lourdement sur tout le côté droit.
 
Le signaleur vient vérifier que tout va bien, et m'aide gentiment à ramasser bidons et lunettes. J'ai l'épaule et la cuisse meurtris, le gant déchiré, mais rien ne semble cassé. J'inspecte le vélo rapidement, remets la chaine, les cocottes sont bien rappées, mais tout semble encore en état de marche.
 
Grosse frayeur tout de même, et après analyse de la boite noire (enfin, des données enregistrées sur mon compteur), il semble qu'avec l'effet de la descente précédente, j'ai tapé la bordure alors que j'arrivais à plus de 40 km/h. D'ailleurs, JF m'avouera plus tard, s'être fait la même frayeur lui aussi, à cet endroit.
 
Cette chute est une première pour moi sur une cyclosportive, et à vrai dire, il me faut remonter à plus de 25 ans la dernière fois qu'il m'aie été donné de chuter en roulant. Fort heureusement, je l'ai faite alors que j'étais seul, et n'ai entrainé personne avec moi.
 
Je remonte sur le vélo, et rejoins JC qui est passé entre temps, ne m'ayant reconnu qu'après coup.
 
Malgré les hématomes et toutes ces émotions, les jambes semblent encore bonnes, et je devrais malgré tout pouvoir regagner l'arrivée.
 
Il nous reste une trentaine de bornes, et continuons à rouler tous ensemble. JC a un petit passage à vide, et nous réduisons un peu l'allure. Passé Clairefontaine, nous récupérons un groupe de coureurs, mais JC s'est bien refait, et c'est à présent moi qui aie un passage à vide, et n'arrive plus à tenir sa roue dans les bosses.
 
Je suis décroché du groupe et me retrouve seul. Je pense que je paye les conséquences des efforts consentis face au vent au début, et peut-être dans une moindre mesure, de ma chute.
 
Je continue à mon allure. Je dessers un peu mes freins à l'avant, je ne m'en étais pas rendu compte, mais en tapant, ma roue avant s'est un peu voilée, et elle frottait sur les patins.
 
A un rond-point, je dois revenir sur mes pas, car je n'ai pas compris la direction qu'on m'indiquait. Décidément, je n'y suis plus!
 
Un peu plus loin, je dois m'arrêter de nouveau. Ma chaussure est trop serrée, et j'ai mal au pied. Pensant qu'il pleuvrait, j'avais mis les sur-chaussures, qu'il me faut à présent enlever pou pouvoir dé-serrer ma chaussure. A vrai dire, je commençais déjà à avoir mal au pied avant ma chute, mais celle-ci m'avait finalement fait oublier la douleur.
 
Je repars, alors qu'un autre coureur arrive, lui-aussi seul. Nous reprenons une portion en ligne droite, avec un fort vent de face. Il me relaie dans la mesure des forces qu'il lui reste, mais m'avoue en souriant ne pas pouvoir faire beaucoup plus. Ce n'est pas grave, j'apprécie pouvoir rouler avec quelqu'un, et je m'emploie à maintenir un rythme qui nous permettra de progresser tous les 2.
 
J'aperçois 2 coureurs au loin qui arrivent dans l'autre sens, et qui font demi-tour à notre approche, ce sont JF et JC. C'est sympa qu'ils m'aient attendus pour effectuer ensemble les derniers kilomètres, mais je ne leur en aurais pas voulu, s'ils avaient décidés de maintenir leur allure jusqu'à l'arrivée.
 
Nous progressons à présent tous les 4, après une dernière bifurcation à droite, il ne reste plus qu'une dernière côte à franchir. JF a toujours les jambes, et après avoir atteins son sommet, il relâche son effort pour nous attendre et nous permettre de franchir la ligne d'arrivée tous ensemble.
 
Nous regagnons le gymnase où un repas, accompagné de folklore breton, nous est offert. Nous sommes heureux de revoir Arnaud, autre compère émérite de la traversée des Alpes, et qui participait lui-aussi à la Vélostar.
 
Les muscles se sont à présent refroidis, et lorsque nous quittons le gymnase, je sens à présent nettement une douleur, dans l'épaule et dans la cuisse, causée par ma chute sur le rond-point. Ca fait parti du métier, comme on dit, mais ça ne m'aura pas empêché de passer une agréable journée, en bonne compagnie. Le temps et le classement sont bien moyens, mais qu'importe, je n'en faisais pas un objectif prioritaire.
 
Le parcours était vraiment sympa, à la difficulté bien dosée, avec toutes ces bosses et ces parties ventées.
 
Rien à redire côté organisation, où toute l'équipe d'Eric Ramos a assuré d'un bout à l'autre du parcours.

La Vidéo:

 


 

lundi 10 avril 2017

La Blé d'Or 2017

Comme tous les ans, depuis 2012,j'ai participé de nouveau à la Blé d'Or, et c'est sur le grand parcours que je me suis cette fois aligné. Les parcours sont nouveaux, avec pour ce grand parcours, 160 km au programme, avec de nombreuses côtes dans le Perche.
 
L'année dernière, j'avais fait un de mes meilleurs temps sur le petit parcours, mais à vrai dire, ma course n'avait pas été passionnante, ayant suivi un même groupe du début à la fin. Je sais que ce ne sera pas le cas sur ce grand parcours, avec probablement peu de cyclistes de mon niveau. Je me fixe à titre personnel, de pouvoir atteindre le brevet d'argent, et de boucler le parcours en moins de 5h23, soit une moyenne de 30 km/h sur les 160 km.


 
J'arrive à Lèves dimanche matin, 1h avant le départ prévu à 10h, et je retrouve Jean-François avec qui j'avais prévu de rouler. Malheureusement, à son arrivée, il s'est rendu compte de l'oubli de son casque. Nous demandons autour de nous, mais bien entendu c'est le genre d'accessoire que l'on amène rarement en double. J'ai juste le temps de faire un aller-retour rapide chez moi pour en récupérer un, malheureusement, avec le flot de véhicules qui est encore en train d'arriver, il m'est impossible de sortir de l'espace de stationnement situé autour de l'étang.
 
Résigné, JF ne se voit que dans l'impossibilité de participer et envisage de rentrer chez lui. Je suis déçu moi aussi, d'autant que le temps s'annonce plutôt ensoleillé, et que j'aurais pris beaucoup de plaisir à rouler avec lui, dans des conditions nettement meilleures à celles que nous avions connues, il y a un mois, sur la Jacques Gouin.
 
Je pars tout de même m'échauffer rapidement, et vais me placer dans le SAS.
 
Le départ est donné, et nous nous retrouvons rapidement à monter cette petite côte à la sortie de Lèves, sur une route étroite, et qui contribue généralement à constituer les groupes de niveau.
 
J'ai accroché un groupe qui semble rouler à une allure qui me convient bien, mais le rythme est soutenu, et au bout de 10 km, je décroche et reste à quelques longueurs de ce groupe. Heureusement, quelques coureurs me rejoignent, et ensemble nous arrivons à recoller au groupe.
 
Je fais une dizaine de bornes supplémentaires avec eux, mais ai à nouveau des difficultés à tenir ma place. Ca roule par à coup, et je me fais décrocher dès que la route s'élève un peu, faisant l'effort pour revenir à chaque fois. A force de faire l'élastique à l'arrière, celui-ci fini par céder, et je me retrouve définitivement seul, seulement 20 kms après le départ.
 
Le vent n'est pas trop fort, et j'arrive malgré tout, seul, à maintenir un écart d'une centaine de mètres avec eux, pendant de nombreux kilomètres.
 
Au sommet d'une petite bosse, un regroupement de spectateurs me redonne un peu de baume au cœur en m'encourageant et en m'avertissant que le groupe n'est pas loin devant, mais je sais que je ne pourrais plus les rejoindre à présent.
 
J'ai l'impression d'être lancé dans un exercice de contre la montre, depuis à présent 50 kms, n'ayant vu personne me rejoindre, ni personne d'autre s'être fait lâché du groupe.
 
Bien que la plupart des carrefours soient régulés par des bénévoles, j'ai un doute quant à la forme d'une des flèches jaunes censées marquer la direction du parcours. Celle-ci n'indiquait-elle pas de tourner à droite? Je lève un peu le pied dans le doute, et vois à ce moment-là un autre coureur qui revient derrière moi.
 
Je l'attend et me remet à pédaler avec lui, rassuré de ne pas m'être trompé de parcours. Il m'explique avoir crevé, alors qu'il visait un top 10 sur l'épreuve, et me demande à son tour: "Toi aussi tu as crevé?". Heu... non, et je me sens un peu penaud de lui avouer que je n'ai tout simplement pas réussi à tenir le rythme du groupe dans lequel j'étais. En tout cas, j'ai été très honoré qu'il m'est prêté des qualités que je n'ai pas ;-)
 
Très gentiment, il me propose de me caler dans sa roue. Je mets un point d'honneur à assurer quelques relais tout de même, jusqu'à ce que quelques kms plus loin, nous arrivions dans l'une des premières bosses du Perche, où je suis incapable de le suivre.
 
Le parcours se fait à présent moins roulant, avec de nombreuses successions de montées et de descentes. Je continue à rouler seul, j'espère toujours un peu de renfort venant de l'arrière, mais je me mets à l'évidence, que le gros des coureurs doit à présent être loin devant moi.
 
Dans une côte, j'aperçois un autre coureur, quelques centaines de mètres devant moi. Je maintiens l'écart avec lui, mais parviens à le rejoindre dans la partie roulante qui suit.
 
Nous nous relayons bien, j'ai parfois du mal à rester dans sa roue dans les montées, mais j'arrive à revenir dès que la pente s'affaiblit.
 
Un peu plus tard, nous rejoignons d'autres coureurs, dans une autre bosse, mais je n'arrive pas à suivre le rythme et me retrouve de nouveau seul. Finalement, je retrouve ce petit groupe un peu plus loin, avant de reperdre de nouveau le contact.
 
Au second ravitaillement, je rempli un bidon, et repars avec l'un de mes compagnons de route précédents. Nous nous relayons bien pendant quelques kms, mais je suis surpris de ne plus le voir tout à coup, dans ma roue. Quelques instants auparavant, nous avons roulé sur une route un peu sale avec de gros graviers, j'ai bien peur qu'il aie été victime d'une crevaison.
 
Je dois rouler seul de nouveau. Il me reste 30 km à parcourir, et j'estime le temps qu'il me faudra pour tenir sous les 5h23. Ca risque d'être juste, d'autant que j'aborde une longue ligne droite, en faux plat montant, et vent de face. Ma moyenne en prends un coup, et mon moral aussi, mais les choses s'améliorent, dès que je tourne à droite et que je retrouve une route beaucoup plus roulante.
 
Je retrouve le final que je connais bien à présent, et que j'adore, avec cet enchainement de la côte qui mène à Lèves, suivi de la descente en ville, et de l'arrivée en haut de la côte de la Chacatière.
 
J'en termine en 5h21 finalement, juste 2 mn en dessous la limite que je m'étais fixée pour le brevet d'argent. J'aurais rouler les 3/4 du temps tout seul, mais je reste satisfait d'avoir réussi à maintenir une allure régulière d'un bout à l'autre. Il faut bien avouer que le niveau des concurrents sur ce grand parcours est quand même assez relevé, et que j'ai encore beaucoup à travailler, si je veux tenir le rythme de la plupart d'entre eux.
 
Sur mon portable, il y a un message de JF, l'organisation a finalement réussi à lui trouver un casque, et même s'il était trop tard pour partir sur le grand parcours, il a tout de même pu prendre le départ du petit parcours à 10h30. Je suis content qu'il aie pu participer, et je le retrouve après la course, pour échanger sur nos prestations respectives.
 
Une belle cyclo, à laquelle je prends toujours autant de plaisir à participer. Cette année, les parcours étaient bien différents de ce que j'ai pu connaître par le passé, mais ils étaient tout aussi plaisants et sécurisés par les nombreux signaleurs.

dimanche 19 mars 2017

La Jacques Gouin 2017

La saison cyclo reprend, et pour la 5e fois consécutive, c'est avec la Jacques Gouin, que je la démarre.
 
Contrairement aux autres fois, je n'y serais pas seul, et je l'aborde dans un état d'esprit différent, celui de l'effectuer avec un groupe d'amis, et de me mettre le plus possible à leur service.
 
Les conditions météos sont annoncées vraiment mauvaises, mais elles restent correctes lorsque j'arrive à Mennecy. Je retrouve Jean-François, que j'ai rencontré lors de la traversée des Alpes l'an dernier, et avec qui j'avais passé d'excellents moments. Il est venu avec Bruno, qui roule dans son club, c'est sa première participation à une cyclosportive, et nul doute qu'il s'en souviendra.
 
Après un échauffement rapide, nous regagnons notre SAS. Le départ est donné à 9h, et lorsque nous franchissons la grille du parc du château, je sens les premières gouttes de pluie tomber.
 
Nous restons groupés dans la 1ère montée, alors qu'à son sommet, la pluie a elle aussi déjà prise son rythme de croisière.
 
Nous progressons parmi un groupe de coureurs et atteignons la 1ère côte, 10 km plus loin. Je frotte un peu avec un autre coureur, lorsqu'une voiture descend en sens inverse, mais ça passe.
 
Nous veillons à nous regrouper en haut de chaque côte, afin d'aborder les parties qui sont face au vent, ou de coté, en nous protégeant mutuellement. Et il faut dire qu'il est particulièrement violent le vent, dans les plaines de l'Essonne, 70 km/h étaient annoncés la veille. JF assure de longs relais devant, et je le seconde afin que Bruno soit le plus possible protégé.
 
La pluie et le vent ne s'arrêtent pas, et ils font progressivement leur travail de sape. Après 30 km, je me dis intérieurement, que les derniers kilomètres vont me sembler bien long, mais personne ne bronche dans notre petit groupe, et le moral reste au beau fixe.
 
Nous croisons déjà pas mal de coureurs qui ont crevé ou qui font demi-tour pour rentrer. Nous en dépassons quelques uns qui ont pris le parti de revêtir le cuissard court, j'en ai froid pour eux.
 
Côte après côte, partie ventée après partie ventée, nous continuons à progresser, parfois en récupérant d'autres coureurs avec nous, parfois en devant réduire l'allure pour nous attendre.
 
A mi parcours, dans une côte, je sens déjà des premiers signes de crampes. J'essaye de me ménager dans les suivantes, car je sais que dans la dernière, celle de Champcueil, les pourcentages y seront assez forts.
 
A la traversée de petits villages, nous croisons d'ailleurs de nombreux coureurs, qui s'abritent où ils peuvent, transis de froid. Certains se tiennent les cuisses, ravagés par les crampes.
 
Nous ne tardons pas à voir régulièrement les secours qui distribuent des couvertures de survie à tous ces malheureux.
 
Dans notre petit groupe, même si nous souffrons tous les 3, personne ne moufte, et nous continuons à progresser à une allure régulière.
 
Nous avons les mains gelées, et les conversations deviennent difficiles, avec des mâchoires qui deviennent elles aussi engourdies. Absorber un gel, relève aussi de la gageure, avec ces mains engourdies. Je n'espère qu'une chose à ce moment de la course: c'est de ne pas avoir à crever, car je mettrais beaucoup de temps à réparer et me refroidirais très vite.
 
Tout en roulant, JF étreint ses gants, c'est impressionnant la quantité d'eau qui s'en échappe.
 
Alors que je coupe un peu l'allure en haut du côte, pour attendre mes compagnons, le prends une bonne rafale de vent de coté, et je me retrouve emmené bien malgré moi, à rouler sur le bas coté, sur une partie en terre, en décroché de la partie goudronnée. Petite frayeur, mais je regagne la route, conscient que j'aurais pu crever ou chuter.
 
Vers la fin du parcours, le vent redevient plutôt favorable, et en plus de devenir un allié, il nous permet de nous sentir un peu moins frigorifiés à présent.
 
Nous passons la côte de Champcueil, JF a encore de bonnes jambes devant, et nous parvenons tous les 3 en haut, sans que personne n'aie lâché prise.
 
Il reste une bonne dizaine de kilomètres, relativement plat et vent dans le dos. On peux à présent y croire.
 
Une dernière portion où il faut être vigilant, car la route est défoncée, et les nombreux trous sont masqués par la présence d'eau. Dernier virage à droite, la ligne d'arrivée nous attends en légère montée, et nous la franchissons ensemble. 10 mètres après celle-ci, je m'arrête pour soulager un besoin naturel, car je ne tiens plus, et je n'ai pas voulu imposer un arrêt à mes compagnons de route.
 
A peine le temps de boire un verre de coca au ravitaillement, que je commence à greloter de partout. Je réalise à quel point nous avons eu raison de ne pas nous arrêter, et à maintenir une allure régulière.
 
Nous regagnons les voitures pour nous changer. Il pleut toujours et il faut être un acrobate pour arriver à se contorsionner à l'intérieur. D'ailleurs, de nouvelles crampes font déjà leur apparition.
 
Après nous être retrouvés à la salle pour y partager le repas, le soleil réapparait à l'extérieur comme pour nous narguer. L'organisation n'aura pas été vernie cette année, et elle aura eu forte à faire pour rapatrier tous les malheureux qui n'ont pas fini la course. Elle aura enregistré un peu moins de 500 inscrits cette année, avec seulement 254 coureurs à l'arrivée, auxquels il faut ajouter près de 80 abandons, soit un quart des coureurs qui étaient au départ.
 
Même si j'avais connu des conditions un peu similaires, il y a 2 ans, à Hautacam, je n'ai pas le souvenir d'en avoir autant souffert. Les conditions furent vraiment exécrables cette fois, et il fallait être un guerrier pour aller au bout.
 
Heureusement, grâce à mes compagnons de route, la motivation d'aller au bout est restée intacte, et j'aurais malgré tout pris beaucoup de plaisir à rouler avec eux. JF a assuré devant, en sachant imprimer un bon tempo et à réduire l'allure lorsque nécessaire. Quant à Bruno, il a su gérer ses efforts sans se mettre dans le rouge, et à faire preuve de régularité tout au long de la course. Bravo à lui, pour une première cyclo, c'est une réussite, et ce n'était certainement pas facile à gérer.
 
Histoire de finir cette journée mémorable en beauté, nous partageons un bon resto tous ensemble, avec Jean-Claude, qui n'a pu prendre le départ avec nous, mais nous lui racontons la course, et lui faisons part des conditions dantesques dans lesquelles elle s'est déroulée.
 
L'organisation, bien que prise un peu de cours, a très bien géré la situation, pour que tout le monde puisse être rapatrié au départ. Comme toujours, les signaleurs ont été appliqués dans leur tâche, et je me doute que ce n'était pas facile pour eux de rester sous la pluie et en plein vent, durant ces longues heures.
 
 

lundi 12 septembre 2016

La Lapébie 2016

Histoire de finir la saison en beauté, la Lapébie est une très belle épreuve, qui a lieu en septembre, et ne souffre pas (ou moins) de la concurrence avec les autres épreuves, comme ça peut être le cas en juin ou juillet. Elle n'en demeure pas moins une cyclo de montagne assez difficile, avec 157 km pour 3200 m de dénivelé positif, et des cols à la difficulté graduelle, dont le redoutable Port de Balès en point d'orgue, avant le retour sur Luchon.


 
Etant en vacances, la semaine précédente a été l'occasion d'effectuer de nombreuses randonnées à pieds et de montées de cols à vélo, en Andorre, non loin de là. J'ai sans doute un peu trop chargé la mule, et lorsqu'à mon retour, je refais une sortie vélo, je ressens un gros état de fatigue et un manque évident de fraicheur. Ajoutons à cela, les bons restos, le taillage de la haie debout toute la journée, et vous aurez un condensé de tout ce qu'il aurait été bon d'éviter, pour être en forme à la veille d'une course comme celle-là. Enfin bref, je ne jouerais pas les premiers rôles de toute façon, et je veux juste me faire plaisir une dernière fois en montagne cette année, sur ce parcours et ces cols que je ne connais pas, tout en donnant le maximum de moi-même.
 
Côté objectif, je me suis fixé d'obtenir le brevet d'or, soit d'effectuer le parcours en moins de 7h08, la limite qui est fixée dans ma catégorie d'âge. J'estime mes temps de passage en bas et en haut des cols, et je dois m'y reprendre à plusieurs fois pour que ça tienne dans le temps impartis. Je sais que même au meilleur de ma forme en juin/juillet, ça serait peut-être difficile, mais au vu de ma forme actuelle, ça me semble clairement impossible. Peu importe, ces temps seront une source de motivation supplémentaire, et je m'efforcerais de les tenir.
 
Je me rends à Luchon la veille de la course, le camping est agréable et ombragé, et il n'est situé qu'à 2.5 km du départ.

Le départ du grand parcours, sur lequel je suis aligné, est donné à 7h45, celui du moyen parcours à 8h30 et celui du petit parcours à 9h45. Dans tous les cas, les participants devront se confronter à la montée du Port de Balès.

Le départ se fait derrière voiture ouvreuse, qu'il est interdit de dépasser. Je me calle en fin de peloton, et même si le rythme n'est pas démesuré, lorsque la voiture s'écarte au pied du col des Ares, j'ai réussi à tenir l'allure sans faire d'effort superflu.

Même s'il fait 8 km de long, le col des Ares se monte bien, et j'arrive à dépasser quelques concurrents. En haut, je me retrouve seul pour faire la descente.

A vrai dire, pendant les kms suivants, je continuerais à être seul, avec seulement un autre cycliste que j'ai devant moi en point de mire, mais que je ne rattrape pas. Sur cette partie, de nombreuses petites côtes que j'avais ignorées en regardant le profile du parcours, mais qui feront malgré tout leur travail d'usure.

J'attaque le col de Larrieu, celui-ci est plus court, mais il comporte déjà quelques portions qui piquent un peu. D'ailleurs, c'est dans l'une d'entre elles que je reviens et dépasse le cycliste que j'avais en point de mire précédemment.

Dans la vallée qui suit, nous retrouvons un peu d'ombre et de fraicheur, mais la route s'élève de nouveau. Même si nous ne sommes pas encore dans la montée du col de Menté, c'est en quelque sorte son prolongement. Nous prenons à droite, et attaquons la montée proprement dite. Au début, la pente n'est pas très forte, redevenant plat ou descendant par endroit. Mais plus on monte, plus la pente s'accentue par la suite. Je retrouve des concurrents du moyen parcours, et commence à me sentir moins seul.

Passé les derniers lacets, j'atteins le col, et je refait le plein au ravitaillement. La température ayant pas mal grimpée depuis le départ, il faudra veiller à ne pas être à sec par la suite. Côté prévision, je suis 15 mn en avance, mais mieux vaut ne pas trainer tout de même, car un gros morceau nous attends.

Je repars dans la descente, un vrai régal, rapide et sinueux comme j'aime. C'est dans cette descente, que Luis Ocana avait perdu le Tour de France, le 12 juillet 1971 (j'avais 10 jours!), lorsqu'il chuta et fut percuté ensuite par Zoetemelk. Je veille toutefois à ne pas subir le même sort, dans cette descente.

Je rejoins un gars en bas de la descente, et machinalement, nous nous relayons sur le plat qui va suivre. Nous reprenons 4 ou 5 coureurs, mais continuons à assurer les relais tous les 2.

Lorsque la route s'élève à l'approche de Mauléon, je suis le premier à décrocher, alors que mon collègue de relai, s'arrête sur le bas côté. Mais passé quelques centaines de mètres, je recolle au groupe, et continue sur mon allure.

A Mauléon, une banderole est là pour nous rappeler que nous attaquons les 19 km de la montée du Port de Balès. La première moitié n'est somme toute pas trop difficile, et je la monte à mon rythme. C'est après que les choses se corsent, la pente est assez régulière, et se fait très souvent à plus de 10%, allant même jusqu'à 15% par endroit.

Je suis en souffrance, mais suis rassuré de constater que c'est aussi le cas des rares coureurs que je dépasse. Certains s'arrêtent, victimes de crampes, moi j'espère que ça tiendra jusqu'en haut.

Il fait très chaud, et certaines portions sont totalement dépourvues de vent. Une voiture de l'organisation me propose de l'eau en arrivant à ma hauteur. Je décline poliment, pensant avoir assez dans mon bidon, mais je le remplis finalement un peu plus loin, à 5 km du sommet.

Un troupeau de vaches est au milieu de la route, mais je me fraie un passage, sans les effaroucher.

Les derniers kms sont toujours aussi raide, mais le paysage deviens plus bucolique. En atteignant le sommet, mon avance a fondue, j'ai à présent 5 mn de retard sur mes prévisions.

La descente est très rapide, mais ce sera sans doute très serré pour faire le temps escompté.

En bas de la descente, il ne reste plus qu'à traverser Luchon et regagner la ligne d'arrivée. J'en termine en 7h11, soit 3 mn de plus que le temps du brevet d'or. Enfin, ce n'est pas grave, j'aurais tout donné, et j'ai pris mon pied sur ce parcours, qui était tout bonnement superbe.

Je me classe 77e sur 108 concurrents, à mon niveau, sur une épreuve de ce type. Dommage que ce parcours n'attire pas plus de monde, car c'est assurément une très belle cyclo, qui mérite d'être effectuée.


 La vidéo:

jeudi 14 juillet 2016

L'Etape du Tour 2016 : Megève - Morzine

Il n'était pas dans mes plans initiaux de participer à l'Etape du Tour cette année, parce que j'avais à l'esprit une autre cyclo qui a lieu à la même période. Finalement, lorsque le parcours est annoncé en octobre, c'est une belle étape de 146 km, avec 4 cols, et 3700 m de dénivelé positif qui est proposée. Comme elle suscite pas mal d'engouement, auprès de mes amis et collègues, je me laisse finalement tenté, et je signe pour ma 4e Etape du Tour, après celles de 2012, 2014 et 2015.
 
A une semaine de l'évènement, je suis plutôt satisfait de ma forme, après être passé par quelques cyclosportives de préparation, ainsi que la traversée des Alpes à 15 jours de la course.
 
Lorsqu'à 5 jours de l'Etape, ASO nous apprends que le parcours est amputé du col de la Ramaz, pour un parcours qui ne fera plus que 122 km et 2873 m de dénivelé, j'avoue que c'est une grosse déception. Le parcours y perds ses lettres de noblesse, et il n'aura plus le coté "grosse étape" de montagne qu'on pouvait lui prêter les années précédentes. Cela dit, je comprends tout à fait la décision d'ASO, qui est plus liée à une décision préfectorale visant à la sécurité des participants dans la descente du col de la Ramaz, où des éboulements ont eu lieux ces derniers mois.


 
Le parcours est du coup moins sexy, mais tant pis, je participerais quand même, d'autant que la présence du col de Joux Plane contribuera à un final bien corsé.
 
Sur le groupe de 4 inscrits à l'Etape, que nous formions, et qui devaient se retrouver au départ, nous ne sommes plus, à la veille de la course, que 2 participants.
 
L'avant-course
 
Le vendredi, je fais le trajet vers Megève, et me rends à l'altiport pour y retirer mon dossard. Le site est plutôt bien trouvé, avec une piste qui fait office de parking à l'arrivée, et un village en plein cœur de la montagne où il est très agréable de flâner. J'ai l'agréable surprise de croiser Arnaud, il avait participé lui aussi à la cyclo des Grandes Alpes, il y a 15 jours, et je suis sûre qu'il sera dans un bon état de forme sur cette étape lui-aussi.
 
Je prends le temps de regarder l'arrivée de l'étape du jour sur le grand écran, où Thibault Pinot affiche déjà les premiers signes de faiblesse, dans cette première étape des Pyrénées.
 
Je redescends à Praz Sur Arly, où Seb nous avait dégotté un petit appartement très sympa et proche du départ, malheureusement celui-ci n'a finalement pas pu être des nôtres et partager ce WE avec nous. Jean-Philippe me rejoins en fin d'après-midi, nous avons des objectifs différents, lui de la terminer, moi de faire un bon temps, mais nous pourrons nous motiver l'un et l'autre à réussir notre objectif.
 
Le samedi, vers 10h, nous partons emmener la voiture à Morzine qui est distante de Megève de 66 km, pensant être de retour en début d'après-midi. Nous faisons un détour par l'altiport, pour y déposer les vélos au parc du village, et qui nous permettront de rentrer à Praz ensuite.
 
Il n'est pas simple de se garer à Morzine, et nous emmenons la voiture dans l'un des parkings mise en place par ASO, à quelques kms de Morzine, et pour lesquels ils proposent des systèmes de navettes gratuites. 2 participants anglais arrivent eux-aussi, mais décident de tenter leur chance dans l'un des parkings payant de Morzine, et ils nous proposent gentiment de nous redescendre à Morzine. Heureusement, car nous apprendrons par la suite que les systèmes de navettes gratuites n'auront lieu que le jour de la course, ce que ASO n'avait mentionné nulle part.
 
Nous nous restaurons, et nous rendons au village d'arrivée, avec l'intention d'y prendre la navette de retour vers Megève, et que nous avions payée dès l'inscription.
 
Il n'y a aucun membre de l'organisation sur place, et lorsque nous demandons à quelques policiers l'endroit d'où partent les navettes, nous apprenons avec stupeur que ASO a changé ses plans, qu'elles ne partent plus de Morzine, mais depuis Avoriaz, situé bien plus haut. Forcément le téléphérique qui y mène ne sera en marche que le jour de la course, il nous faut donc prendre un bus en direction des Prodains, situés à quelques kilomètres, d'où nous pouvons prendre un autre téléphérique nous emmenant à Avoriaz. Après avoir traversé Avoriaz, nous trouvons le départ des navettes et pouvons enfin repartir vers Megève. Comme rien n'est jamais simple, la navette ne peux se rendre à l'altiport, et nous devrons encore prendre un autre bus plus court pour nous y rendre, récupérer nos vélos, et enfin pouvoir rentrer à Praz Sur Arly. Pfffff, quelle galère, franchement là, ASO mérite le carton rouge! J'ai pas pour habitude de passer pour un râleur habituellement, mais leur gestion des navettes retour, parkings et autres navettes gratuites, c'est du grand n'importe quoi! Ils ont même pas pris la peine de corriger les informations erronées qu'ils avaient mis sur le site, et je peux vous dire qu'on en a rencontré un paquet de gars qui comme nous se sont retrouvés dans la panade...
 
Enfin bref, fin de mon coup de gueule... Nous arrivons vers 20h à l'appartement, et profitons du temps restant pour préparer nos vélos.
 
La course
 
Même si le départ n'a lieu pour moi qu'à 8h, nous devrons être arrivés à Megève avant 7h. En effet, le parcours passant par Praz, nous ne pourrons plus passer lorsque les 1ers coureurs se seront élancés.
 
Je rejoins le SAS 8, et Jean-Philippe le SAS 12, et nous nous souhaitons mutuellement bonne chance.
 
Peu avant 8h, notre SAS est libéré, afin que l'on puisse se placer sur la ligne de départ. A 8h pétante, le départ est donné et les premières notes d'ACDC, "Highway to Hell", retentissent. C'est bon ça, et ça donne un bon coup de boost dès le départ! Le titre est bien choisi, la route nous mènera au col de Joux Plane, où la chaleur et le ressenti seront synonymes d'enfer pour beaucoup d'entre nous.
 
Le départ se fait à bonne allure, mais sans excès. Les premiers km me sont familiers, je les ai déjà empruntés il y a un mois lors de la Time Megève Mont Blanc.
 
2 premières côtes du côté de Flumet, me permettent de vérifier que les jambes sont plutôt bonnes, et je n'hésite pas à remonter quelques places.

Jour de finale de l'Euro, qui verra jouer la France ce soir, quelques participants contribuent à l'ambiance festive et arborent perruques, ou drapeaux accrochés aux vélos, aux couleurs nationales.
 
Nous arrivons à la Giettaz, où démarre véritablement la montée du col des Aravis. La montée n'est pas sévère, et je remonte de nombreux coureurs. Beaucoup semblent se réserver pour la suite, mais l'étape étant courte, je me sens en jambe pour imprimer un bon tempo dès le premier col. D'ailleurs, arrivé en haut, j'ai l'impression, d'après les dossards, qu'il y a à présent plus de cyclistes partis depuis le SAS précédent, 8 mn avant moi.
 
Comme j'en ai pris l'habitude, j'ai scotché l'estimation de mes temps de passage, sur mon vélo, et je note 10 mn de retard sur mes prévisions. Je pense que la densité de coureurs y joue pour beaucoup, n'ayant pas toujours roulé à l'allure optimale.
 
La descente qui suit n'est pas dangereuse, mais la densité de coureurs empêche de se lâcher complètement dans celle-ci.
 
Sitôt arrivé en bas de la descente, au Grand-Bornand, débute la montée du col de la Colombière. Il y a déjà beaucoup de monde en bas, à nous applaudir et à nous encourager. Comme j'en ai pris l'habitude à chaque Etape du Tour, j'ai mis un maillot à pois, ce qui suscite en général des encouragements spéciaux à mon égard, lorsqu'on me voit passer. Je n'ai pas la prétention d'être le meilleur en montagne, mais je prends tous ces encouragements avec un grand plaisir à chaque fois.
 
Par ce côté, la montée du col de la Colombière n'est pas la plus difficile, mais elle se fait progressive sur un peu moins de 12 kms. La chaleur atteins à présent 25 à 26°C, mais il y a un peu d'air, je suis bien, et je n'hésite pas, comme dans les Aravis, à rouler à bonne allure, et à dépasser encore pas mal de monde. En haut, c'est à présent, beaucoup de dossards 5000 ou 6000 qui m'entourent. Un coup d'œil à mes prévisions, j'ai rattrapé mon retard, et je passe même avec 2 mn d'avance. C'est bon pour le moral.
 
Je referme la fermeture éclair, et aborde la descente. Pour une fois, je n'ai pas emporté de coupe vent, les cols n'étant pas situés très haut, et la chaleur étant rapidement présente, il ne sera pas nécessaire de l'enfiler aujourd'hui. La descente est rapide et sinueuse, et passé les premiers km, gendarmerie et pompiers sont déjà à l'œuvre pour signaler ou secourir, les malheureux qui ont chuté dans la descente. Du coup, les ralentissements tendent à regrouper tout le monde dans la descente, incitant à lever le pied, et à ne doubler que lorsque cela deviens possible.
 
Je passe à côté du ravitaillement situé à Scionzier, où j'avais initialement prévu de m'arrêter, mais ayant encore un peu d'eau dans mon bidon, je décide de pousser jusqu'au prochain.
 
Nous abordons à présent, un long faux plat de plus de 30 km, qui viens remplacer la montée / descente du col de la Ramaz, initialement prévu. Je me méfie de cette portion, car il sera très facile de se mettre dans le rouge en voulant suivre un groupe, et de le payer plus loin dans la montée de Joux Plane. Pourtant le petit groupe dans lequel je me situe roule à une allure qui me conviens bien, et où je n'ai pas à faire d'effort superflu.
 
En passant dans un village, un spectateur en voyant mon maillot, m'encourage d'un "Allez le roi de la montagne!", et je me dois de rectifier en souriant: "N'exagérons rien" :-)
 
A Mieussy, je m'arrête cette fois pour un ravitaillement en eau, qui après vérification sur mon compteur, n'aura duré que 2 mn 30. Le timing est toujours en ligne avec mes prévisions.
 
Les kms restants jusqu'à Samoëns se feront tantôt seul, tantôt avec d'autres coureurs, en n'insistant jamais lorsque l'allure commence à devenir trop élevée. Un coup d'œil à ma moyenne, et je me surprends moi-même d'avoir pu maintenir 27.5 km/h sur ces 100 premiers kms, malgré le passage de 2 cols.
 
A Samoëns, j'ai l'air de "Highway to Hell" dans la tête, ça y est, on y est... Nous traversons le village, où beaucoup de gens nous encouragent. La température atteins à présent 31°C, et la pente se cabre très rapidement à plus de 10% dès le premier km. A la faible allure où on commence la montée, les spectateurs ont le temps de lire notre plaque, et ils nous encouragent par notre prénom: "Allez Daniel!", c'est plaisant. Cela-dit, ça n'efface pas la difficulté à monter cette partie, où on est tout de suite face à la réalité.

Je n'ai jamais eu l'occasion de monter le col de Joux Plane à vélo, mais j'ai le souvenir de l'avoir monté avec ma vieille Peugeot 309 en 1997, nous étions 4 à bord, et celle-ci peinait dans la montée. 2/3 jours plus tard, Marco Pantani y signait l'une de ses plus belles victoires.
 
Je monte à mon rythme avec le 34-28. J'avais hésité à mettre plus de dents à l'arrière, j'espère ne pas avoir fait une erreur. Il y a beaucoup de monde, et il n'est pas aisé de se faufiler. La pente se calme un peu ensuite, et j'arrive à trouver mon rythme.
 
Au milieu de la montée, la pente se redresse de nouveau à près de 10% de moyenne, il en sera ainsi jusqu'au sommet. Mon compteur s'emballe même un peu par moment, m'indiquant des pourcentages démesurés, mais je préfère ne pas le croire. Tout le monde avance à présent à vitesse réduite, et je ne suis pas bien à l'aise lorsque je me retrouve bloqué derrière des coureurs, sans moyen de dépasser et obliger de rouler à une cadence très faible. Je ne veux surtout pas m'arrêter, mais il m'est difficile d'aller moins vite. Heureusement, des espaces vont se libérer plus loin, et je vais pouvoir passer et reprendre mon allure.
 
Il n'y a pas d'ombre, il fait très chaud, la température atteindra 37°C par moment. J'ai le maillot grand ouvert et je sue à grosses gouttes. Heureusement, par endroits, certains habitants ont sorti les jets d'eau, et ils nous arrosent généreusement lorsqu'on le souhaite.
 
Cette montée fait mal à tout le monde, et pas mal de coureurs commencent à s'arrêter sur les côtés, profitant des rares coins d'ombre. Je n'oublie pas de boire et m'alimenter, mais je sens des premiers signes de crampe dans les cuisses. Je continue la montée tant bien que possible, mais le 34-28 m'oblige à continuer à rouler en force, alors qu'il me faudrait pouvoir tourner les jambes un peu plus souplement pour récupérer. A 2 km du sommet, les crampes me semblent proches, et je préfère faire un arrêt minute, le temps de bien boire, manger un gel, et faire redescendre le cardio. Je perds 1mn 45 dans l'affaire, mais je pense que c'était une sage décision, car je repars et en termine avec cette montée, dans de meilleures conditions.
 
Début de la descente, avant que la route ne se redresse de nouveau après 2 ou 3 kms, pour monter un autre col (le Ranfolly), mais celui-ci ne fait pas plus d'1 km. On ne vois pas trop son sommet, et je suis bien content d'entendre les spectateurs m'indiquer "plus que 100 m".
 
Voilà, à présent, je peux reprendre la descente de Joux Plane. Il y a un peu moins de monde, mais il faut rester prudent lors des dépassements.
 
J'arrive en bas, et il n'y a plus qu'à tout lâcher dans les rues de Morzine. C'est assez technique avec beaucoup de virages avant de passer la ligne d'arrivée.
 
J'en termine en 5h16, mon estimation (que je pensais assez agressive) étant de 5h20. Donc plutôt satisfait de ma course.
 
Je dépose mon vélo au parc, récupère mon sac, et me rends à la pasta.
 
Jean-Philippe, en termine quelques heures plus tard, très heureux. Cette fois c'est la bonne, et il aura réussi son Etape et franchi l'arrivée lui-aussi.

Nous rentrons à Praz Sur Arly, prenons 2 pizzas au passage, et pouvons enfin souffler devant la finale de l'Euro, avec l'issue malheureuse que l'on connaitra ensuite...
 
Malgré la suppression du col de la Ramaz, ce fut tout de même une belle étape.

Je ne suis pas certain de vouloir remettre ça l'année prochaine, j'essayerais sans doute d'autres cyclos, et il faut dire que l'Etape du Tour demande souvent du temps et une grosse logistique, qu'il n'est pas toujours facile de mettre en place.
 
Quelques chiffres:
 
Col des Aravis (2C)                 6.7 km à 7.0 %
Col de la Colombière (1C)    11.7 km à 5.8 %
Col de Joux Plane (HC)        11.6 km à 8.5 %

Mon temps:                            5 h 16 mn 19 sec
Ma position à l'arrivée:          3079
Le nombre de finishers:       11164
Le nombre de partants:        11471
Le nombre d'inscrits:           15000 
 
 La vidéo:

mardi 5 juillet 2016

La Cyclo Des Grandes Alpes 2016

Alors que j'avais jusqu'ici parcouru une grande partie des Alpes, en séjournant ici ou là, cette Cyclo des Grandes Alpes se présente comme l'opportunité de les parcourir, d'une façon assez inédite pour moi. Cette cyclo ne propose pas moins que la traversée des Alpes en 6 étapes, au départ de Thonon, au bord du lac Léman, pour arriver à Menton, au bord de la Méditerranée. La route nous fera passer par les cols les plus prestigieux, et on ne peux pas rêver plus beau décor. De belles étapes en prévision, avec pas beaucoup de plat, et de beaux enchainements de cols, qu'il ne serait pas possible d'effectuer en temps normal, au départ d'un circuit en boucle.
 
L'organisation de la cyclo est assurée par Philippe Delachenal et de son équipe de choc. En fait, tout le monde est aux petits soins pour nous, on ne s'occupe de rien, et on a plus qu'à pédaler dans la bonne humeur.
 
Après nous avoir envoyé les dernières recommandations par mail, tous les participants arrivent les uns après les autres au camping de St Disdille, près de Thonon. Je fais la connaissance de Fernand, Philippe, Jean-François et Jean-Claude qui partageront le mobil-home avec moi, pour cette première nuit. Fernand qui a déjà effectué 6 fois cette traversée, évoque bon nombre d'anecdotes qui me mettent déjà l'eau à la bouche, tant l'ambiance qui règne sur cette cyclo semble sympa.
 
Nous nous rendons au briefing, Philippe nous présente les membres du staff, et nous pourrons constater l'étendue de leur gentillesse et de leur dévouement pour nous, tout au long du séjour. Chacun d'entre nous se présente également, 80 cyclistes venus d'un peu partout (et même de NY et du Canada), de différents horizons, jeunes, plus agés... mais tous ont en commun l'amour du vélo.
 
Après un bon repas partagé tous ensemble, nous retournons au mobil-home. La bonne ambiance règne, et Jean-Claude nous annonce en plaisantant, qu'il attaquera dès le 1er km, le lendemain.
 
Etape 1: Thonon - La Giettaz - 115 km, D+ 2660 m

Col des Gets + Col de la Colombière + Col des Aravis


Le temps s'annonce bien maussade pour cette première journée, et il nous faut enfiler les vestes de pluie dès le départ.
 
Je remonte mon sac à l'entrée du camping où un fourgon est prévu pour le transport. J'ai prévu beaucoup (trop, sans doute) d'affaires pour la semaine, et mon sac pèse une tonne. D'ailleurs, la lanière lâche dès les premiers mètres. 1er enseignement: prévoir un sac avec des roulettes la prochaine fois.
 
Nous partons tous groupés depuis le camping pour nous rendre au km 0, matérialisé par une borne, devant la mairie de Thonon. Après les derniers encouragements, nous voila partis pour la première étape. Ca part doucement, et je remonte tranquillement vers l'avant du peloton. J'aperçois Jean-Claude et je me cale dans sa roue, alors que celui-ci effectue une franche accélération pour se placer en tête du peloton. Il reste quelques mètres devant, et m'annonce "Voilà, j'ai eu mon petit moment de gloire". Jean-François est là lui aussi, et nous rions de bon cœur en repensant à l'attaque qu'il nous avait prémédité la veille.
 
Nous attaquons la montée du col des Gêts, qui se fait très progressive. J'effectue un relai, puis JF repasse devant. Il est impressionnant, bien qu'il fasse parti des plus anciens, il est très à l'aise sur cette montée, et nous ne sommes bientôt plus qu'un petit groupe à le suivre, l'allure est soutenue et personne ne bronche. La pluie redouble, et je préfère m'arrêter pour enfiler les sur-chaussures. Je repars et parvient à rejoindre le groupe avant le sommet. La descente qui suit, sous la pluie, ne sera pas une partie de plaisir. D'ailleurs mon compteur, trop mouillé, fini par me lâcher.
 
Nous arrivons à Cluses, et bientôt la route commence à s'élever pour la montée la plus importante de la journée: le col de la Colombière. La pluie à cessée, et les premiers kms se montent plutôt bien. Au village du bien-nommé Reposoir, un ravitaillement nous attends. Il vaut mieux ne pas se refroidir, car le gros de la montée nous attends, et effectivement des panneaux nous indiquent respectivement, 9%, 10% et enfin 11% de pente moyenne, sur les 3 derniers kms.
 
J'effectue la descente au Grand Bornand, seul, et je retrouve JF, au début de la montée des Aravis. Je sens quelques tiraillements dans les jambes, et je préfère aborder la montée à un rythme plus faible, de façon à pouvoir récupérer et accélérer progressivement.
 
A 1 km du sommet, des motards de la gendarmerie, nous font signe de nous arrêter sur le bas côté, et bientôt tout un cortège de coureurs et de véhicules, nous font face dans l'autre sens. Il s'agit du Tour de Savoie Mont Blanc, dont l'une des étapes emprunte les Aravis et la Colombière, dans le sens contraire. Quelques coureurs connus comme Brice Feuillu ou Pierre-Luc Perichon y participent. Nous repartons dès qu'il n'y a plus de danger, mais devrons encore nous arrêter à plusieurs reprises, les groupes de coureurs étant déjà bien espacés, à ce moment de la course.
 
Nous arrivons à La Giettaz, JF m'a pris quelques longueurs dans la descente, et je ne peux le prévenir lorsque nous passons à proximité du centre d'hébergement, alors qu'il continue tout droit. Il en sera quitte pour revenir sur ses pas, et bénéficier de quelques kms de montée supplémentaires.
 
L'après-midi nous permettra ensuite de nous reposer et de sécher nos affaires. Je fais la connaissance de Guy qui partagera la chambre avec Fernand et moi, et qui me parle de son Jura avec passion.
 
Etape 2: La Giettaz - Val d'Isère - 110 km, D+ 3126 m

Col des Saisies + Cormet de Roselend + Montée de Val d'Isère


Alors que nous étions partis tous ensemble la veille, les départs se feront à présent à 3 horaires
différents: 7h30, 8h et 8h30. Comme je n'ai pas trop mal tourné la veille, j'ai la chance de partir avec les derniers à 8h30.
 
Aujourd'hui, plusieurs variantes sont proposées, l'une pour effectuer la première descente via Hauteluce, la seconde pour effectuer la montée du col du Pré à la place de la première partie du Roselend. Cette seconde variante est un peu plus difficile, et j'attendrais d'avoir passé la montée des Saisies, pour me décider.
 
Nous terminons la descente des Aravis, et attaquons la montée des Saisies depuis Flumet. Cette montée, elle est encore fraîche dans mon esprit, puisque effectuée 15 jours auparavant sur la Time Megève, à la différence près que nous faisions un crochet à Crest Voland et rejoignions la route principale quelques kms plus loin. Je monte à mon allure, et lorsque j'arrive en haut, je me sens les jambes capables d'effectuer la montée par le col du Pré.
 
Après les Saisies, j'effectue la descente par Hauteluce, une petite route que je connais bien également et qui est plus agréable que l'autre descente, plus classique. Alors que nous ne sommes plus très loin de Beaufort, les membres du staff sont en train de baliser une déviation au sol, alors que la route principale n'est plus accessible pour cause d'éboulement sur la chaussée. Il nous faut alors remonter sur quelques kms, avant de nous retrouver au pied du Cormet de Roselend, à la sortie de Beaufort. La traversée de Beaufort (et donc la montée au col du Pré) étant barrée de nouveau, je me résigne à laisser tomber la variante et à effectuer le parcours initialement prévu.
 
Je démarre l'ascension du Cormet de Roselend, montée que j'ai déjà effectué plusieurs fois, et qui me surprend toujours par sa longueur et sa difficulté non négligeable, même si on n'y trouve pas de pourcentages affolants. Passés les premiers kms, je me retrouve seul, dans cette montée en forêt, bof, que c'est monotone. Arrive le moment le plus magique, celui où l'on arrive au col de Mérillet, et où on fait face au lac, avant de le contourner et d'aborder la seconde partie de la montée. Je n'ai pas retrouvé de compagnon, mais j'apprécie la beauté et la quiétude de ces lieux. Je me fais passé par Hervé, mais celui-ci est trop fort pour moi, je serais incapable de prendre sa roue.
 
En haut, un copieux ravitaillement nous attends, et je dévore saucisson et fromage avec envie. Bien repu, je me lance dans la descente, alors que d'autres repartent eux-aussi. Ce côté-là aussi je l'adore, tant à la montée qu'à la descente d'ailleurs. C'est très rapide, et c'est du pur bonheur.
 
J'arrive à Bourg St Maurice, et prends la direction de Val d'Isère, la dernière montée du jour, que l'ont pourrait considérer comme le début de la montée de l'Iseran. Il reste 30 kms de montée, et j'avais à l'esprit que les pourcentages y seraient assez faibles. Que Neni! Il y a tout de même de bonnes portions à 6 ou 7% régulièrement. J'arrive au niveau de Tignes, où il faut passer une petite rampe et un pont surplombant une autre route. Il fait mal celui-là, mais je sais que j'arriverais désormais dans une partie un peu moins pentue jusqu'à Val d'Isère. Cela-dit, il reste toute une série de tunnels à traverser, avec de la circulation, ce n'est pas le pied.
 
Je rentre à Val d'Isère, et je trouve le centre UCPA sans trop de problème. Lorsque j'arrive on m'annonce être le premier arrivé. Bien sûre, ce n'est pas une course, et il faut relativiser avec le fait que les meilleurs avaient eux effectué la variante par le col du Pré, mais j'avoue en tirer une certaine fierté, moi qui ne gagnerait probablement jamais la moindre course.
 
Visiblement, la pièce où l'on doit déposer les vélos n'est pas encore connue, et je le dépose dans l'une d'elle en sous-sol, sauf que c'est une salle ou une conférence démarre juste après... et je dois me faire tout petit pour y retirer mon vélo par la suite.
 
Arrivé tôt, j'en profite pour aller au massage, sans avoir à faire la queue. C'est la première fois de ma vie que je profite du plaisir du massage, c'est plutôt agréable, et j'en ressort avec les jambes bien apaisées. 
 
 Etape 3: Val d'Isère - Serre Chevalier - 154 km, D+ 3240 m

Col de l'Iseran + Col du Télégraphe + Col du Galibier


Voilà la "grosse" étape de la semaine, l'étape reine en quelque sorte, car il nous faudra affronter 2 des plus hauts cols des Alpes: l'Iseran et le Galibier.

La météo jouera un rôle déterminant, et les prévisions sont loin d'être les plus optimistes, avec un peu de pluie au départ; qui pourrait très bien se transformer en neige une fois arrivé en haut de l'Iseran. Un car est même envisagé, afin de pouvoir rapatrier les coureurs, si le temps devait se gâter.
 
Je m'habille plus chaudement cette fois, avec jambières, manchettes, gants longs, et je prévois un petit sac pour pouvoir adapter ma tenue en cours de route.

Je retrouve JF en bas, avec qui j'ai pris l'habitude de prendre le départ de 8h30. Jacques, le médecin, nous annonce que nous sommes les 2 derniers à partir, tout le monde étant parti plus tôt que prévu.
 
Nous n'avons, cette fois, aucun km d'échauffement, et il nous faut continuer la montée de l'Iseran, laissée la veille à Val d'Isère. Après quelques kms, les sensations deviennent meilleures, et je rattrape même quelques coureurs dont JC, qui a décidé d'en garder sous la pédale pour la suite. Les derniers kms passés entre des murs de neige de 7 à 8 m, sont impressionnants, et finalement le temps se sera maintenu jusqu'en haut sans la moindre averse.

Je ne traine pas là-haut, et enfile le coupe vent pour effectuer la descente. Il faut être très prudent, la route est en train d'être refaite par endroit, avec parfois de belles saignées dans lesquelles il vaut mieux ne pas s'engager.

En bas, à Bonneval Sur Arc, une boisson chaude nous est offerte par la municipalité. Pour avoir déjà eu le temps d'y flâner par le passé, cette ville est l'une des plus belle ville de France, et ce n'est pas usurpé. Je profite de l'arrêt, pour enlever jambières et gants longs, et je repars pour une longue descente jusqu'à Modane, en roulant régulièrement avec d'autres cyclistes.

Après le ravitaillement, il reste encore quelques kms à faire pour rejoindre St Michel de Maurienne, et je regrette me retrouver seul dans cette portion, alors que le vent est de face. Heureusement, un petit groupe viendra me rejoindre et me permettre de récupérer.

Arrivé à St Michel, nous prenons à gauche au 1er feu, et sommes aussitôt face aux premières pentes du col du Télégraphe, 12 kms à la pente régulière, qui font office de marchepied à la montée du Galibier. J'effectue la montée en conservant le même braquet quasiment tout du long.

Je passe Christian, l'un des membres du staff, que je ne reconnais pas sur le coup comme il n'a pas de plaque sur son vélo, mais je trouve ça sympa qu'il vienne partager quelques bons moments avec nous sur le vélo.

A 1 km du sommet, j'essuie une petite averse, mais je ne m'arrête pas et je préfère poursuivre jusqu'au sommet où je me décide à enfiler la veste.

Courte descente jusqu'à Valloire, l'accès principal est fermé en raison de la présence de nombreux rochers sur la route, mais j'arrive à passer en portant mon vélo à la main. Hervé me gratifie d'un petit selfie, en passant à ma hauteur dans Valloire, alors que la route ne tarde pas à s'élever en direction du Galibier.

La première partie jusqu'à Plan Lachat n'est pas trop exigeante, mais il ne faut pas la sous-estimer tout de même. Un ravito en eau est prévu, c'est de bon augure car je suis quasiment à sec. Serge, le cameraman, est sur place et il m'interroge sur mes impressions.

Je ne m'attarde pas, car il reste les 8 kms les plus exigeants à gravir. Je monte à mon allure sans me soucier des autres, et Serge me filme à plusieurs reprises au cours de la montée. Comment fait-il pour être partout à la fois?

J'arrive en haut, fatigué et heureux d'avoir vaincu ce monstre. Serge m'interviewe de nouveau.

Je repars sur l'autre versant, pour la descente finale via le Lautaret. Un peu après le passage de celui-ci, petite frayeur lorsque je prends plein pot, un petit décrochage sur la route qui est en train d'être refaite. Un peu plus loin, le décrochage inverse est lui bien indiqué avec de nombreuses flèches de peinture oranges. A mon passage, la peinture s'imprime sur mon pneu, ce qui provoquera l'obsession de mon regard sur celui-ci pendant le reste de la descente. Une belle descente malgré tout, où j'apprécie le peu de voiture, alors que la saison touristique n'a pas encore démarré.
 
J'arrive au centre UCPA, et le buffet qui m'attends est un régal. Le sport ça creuse, et je mangerais à ma faim, durant tout ce séjour, mais gare à la balance au retour!

Le soir, au briefing, Philippe nous présente Bernard Thévenet, qui est le parrain de la cyclo et qui viendra partager l'étape du lendemain, parfois en voiture, mais aussi sur le vélo. C'est un homme d'une grande gentillesse, et il nous remplit de bonheur lorsqu'il évoque, en toute simplicité, ses souvenirs du Tour de France, dans les années 70.

Etape 4: Serre-Chevalier - Barcelonnette - 109 km, D+ 2350 m

Col de l'Izoard + Col de Vars


Au départ, à 8h30, il fait déjà une température agréable, le beau temps étant désormais de mise jusqu'à la fin de la semaine.

Bernard donne le départ, et nous partons tranquillement en direction de Briançon, où est situé le pied du col de l'Izoard. La première partie n'est pas trop dure, mais la chaleur commence progressivement à augmenter. Au début de la seconde partie, le groupe des meilleurs me dépasse, mais je préfère ne pas me mettre dans le rouge en essayant de les suivre. Plus loin, j'aperçois JF, que je garderais en mire, 30 m devant moi, mais sans jamais pouvoir le rejoindre.

Nous nous retrouvons en haut, et repartons pour une longue et belle descente. Je prends le temps d'admirer la Casse déserte au passage, avec ce paysage lunaire si particulier, et j'enchaine les nombreux virages de la descente à bonne allure.

A Guillestre, nous nous retrouvons assez nombreux au ravitaillement. Bernard Thévenet est en tenue, et il va monter lui aussi le col de Vars.

Je repars en compagnie de JC et JF, mais Bernard nous a devancé et il est déjà dans la montée. Les premiers kms sont assez soutenus, et je commence à souffrir de la chaleur, mon principal point faible. Je ne fais pas une montée impériale, mais j'atteins ce sommet, qui m'a semblé si éloigné.

La descente est rapide, mais quelques bonnes rafales de vent m'intiment de rester prudent malgré tout.

Il ne reste plus qu'à rejoindre Barcelonnette par une route légèrement descendante. Je suis seul, et en passant à Jausiers, j'aperçoit l'enseigne d'une pharmacie, bonne occasion pour acheter un tube de crème solaire, alors que j'ai omis d'en mettre dans mon sac, avant le départ. Le bord du trottoir est incliné, mais assez haut, et au moment où je m'apprête à l'enjamber, j'ai une hésitation... et je me gaufre lamentablement au sol. Plus de peur que de mal, et je repars bredouille, après m'être rendu compte, que c'est l'heure de la pause déjeuner, et que la pharmacie n'est pas encore ouverte. Heureusement que Serge n'était pas dans les parages avec sa caméra!

J'arrive à Barcelonnette, me restaure, et me rends au massage, qui, beau temps oblige, se tiens en plein air.

Je me rends en ville, avec JF et JC, afin de satisfaire notre soif, de quelques bières bien méritées. Lorsque nous devons payé notre dû, le barman n'est pas très pressé, et nous rentrons alors que le briefing de l'étape du lendemain est terminé. Mais nous arrivons tout de même à temps pour l'apéro, où nous pouvons déguster une nouvelle bière, du Galibier cette fois, et produite localement.

Nous allons aux nouvelles concernant l'étape du lendemain. Celle-ci est la plus courte, avec les montée de la Cayolle et de Valberg, mais une variante bien plus corsée est possible, avec la montée de la Bonnette, de la Couillole et de Valberg. Le col de la Couillole me fait un peu peur, je l'ai monté en pleine chaleur l'année dernière, après avoir monté le col de la Lombarde, et j'avais pas mal souffert. J'hésite à m'engager sur ce parcours, mais JF (et probablement aussi les quelques bières ingurgitées!) va me convaincre de l'accompagner avec lui sur le parcours de la Bonnette.

Etape 5: Barcelonnette - Valberg - 118 km / D+ 3300

Col de la Bonnette + Col de la Couillole + Valberg


Pour la variante de la Bonnette, le départ est fixé à 8h, mais nous ne sommes que 10 au départ. Il y a là, tous ceux qui ont un bon coup de pédale et pour qui cette étape ne devrait être qu'une formalité. J'espère que je ne serais pas trop à la traine derrière...

Nous partons groupés en direction de Jausiers, le pied du col de la Bonnette. Je reconnais ma pharmacie de la veille, en passant devant.

C'est parti pour 23 kms de montée, et 1600 m de dénivelé. La route est très large au début. Comme je m'y attendais, je perds rapidement le contact avec le groupe qui mène devant, mais je m'efforce de maintenir un bon rythme de montée.

Le paysage n'est pour l'instant pas grandiose, mais lorsqu'à mi-col, on emprunte ce petit pont de pierre, on a l'impression de rentrer dans un royaume, car le paysage s'y fait d'un seul coup plus sauvage. Les marmottes sont plutôt timides aujourd'hui, mais j'en avais déjà rencontré en grandes quantité à cet endroit, il y a un an.

La pente ne faiblit pas, et il y a quelques raidars à passer en force, parfois vent de face. Arrivé au col, où il y a moyen de redescendre par l'autre versant, il reste un gros km de montée jusqu'à la cime. La route est bloquée par quelques éboulis de pierre et de neige, mais il y a moyen de passer en vélo. La fin est vraiment raide, et l'accès à sa cime se mérite. Je retrouve le reste du groupe là-haut, ainsi que JF qui en termine lui-aussi, heureux d'avoir monté ce qui constitue l'un des plus beaux et plus durs cols de l'hexagone.

Xavier, le kiné, nous a apporté de quoi nous restaurer, et nous repartons tous ensemble jusqu'à St Etienne de Tinée, en bas de la descente, sur l'autre versant.

Pour arriver au pied du col de la Couillole, nous avons pas loin de 30 km à parcourir, par une route au milieu de la vallée. Il y a un fort vent, et nous organisons un relai à 10, qui s'avèrera plutôt efficace, et nous épargnera pas mal d'énergie sur cette partie, certainement pas la plus intéressante.

Nous abordons la montée, il fait à présent très chaud, et comme je m'y attendais, je ne suis pas au mieux dans cette montée. L'eau de mon bidon est chaude, et je bois à contre cœur. L'ombre est plutôt rare, et les rochers restituent la chaleur lorsqu'on passe à côté.

A 1 km du sommet, quelques gars se sont arrêtés, et ils me signalent la présence d'une fontaine, que je n'aurais probablement pas vu sinon. L'eau est fraîche, que c'est bon, je n'avais jamais imaginer à quel point ce breuvage pouvait être aussi délicieux!

J'arrive au sommet, et à ma bonne surprise, tout le monde m'a attendu. Nous repartons tous ensemble dans la descente.

La montée vers Valberg, se fera en 2 temps, avec tout d'abord quelques km à la sortie de Beuil, puis les 2.5 kms finaux menant à la station. Pas de gros pourcentage finalement, c'est plutôt une formalité si on compare aux 2 autres cols montés aujourd'hui.

A Valberg, je retrouve Fernand et Guy, et nous échangeons sur nos parcours respectifs, au cours de cette magnifique journée.

Etape 6 : Valberg - Menton - 134 km, D+ 2770 m

Col de la Couillole + Col St Martin + Col de Turini + Col de Castillon



Dernière étape de ce périple, et je n'ai pas vu le temps passer.

Tout le monde a revêtu le maillot de la cyclo, il n'y a pas vraiment d'horaire ce matin, et nous partons au compte goutte, dans un laps de temps assez réduit.

Nous réempruntons la route par laquelle nous étions arrivés la veille, et devons remonter le col de la Couillole dans l'autre sens. Heureusement, c'est le côté le plus facile, et on arrive en haut, le temps de le dire. Nous redescendons ce que nous avons monté hier, et je suis impressionné par sa longueur et sa pente. C'est parfois à la descente que l'on mesure la vrai difficulté d'un col.

A St Sauveur, nous prenons à droite, et reprenons le fil de la descente de la vallée vers le sud. Mais quelques km plus loin, nous quittons celle-ci pour aborder la montée du col St Martin. Les pentes de celui-ci me conviennent bien, pas trop raide, et les températures sont encore clémentes. Je prends beaucoup de plaisir à le monter.

 Descente rapide, avant d'aborder le début du col de Turini. Les 3 premiers km sont assez soutenus avant d'arriver à La Bollène où un ravitaillement nous attends.

Nous attendons tout le monde, et faisons départ commun pour monter les 12 kms restants du Turini, car cette fois ce sera à qui sera le plus rapide. Philippe a enfourché son vélo, et il fera la montée avec nous.

Après qu'un petit groupe de coureurs se soit détaché à l'avant, quelqu'un remonte tout le monde tel un boulet de canon, et se positionne quelques instants à l'avant. JF s'esclaffe d'un "il l'a fait!", et je réalise que c'est notre ami Jean-Claude, qui vient de porter une nouvelle "attaque" comme il nous l'avait encore annoncé la veille en blaguant. Je me porte à sa hauteur, et le remercie pour ce bon moment, alors qu'il est à présent bien essoufflé.

Je continue la montée, il fait chaud, beaucoup me dépassent, et je constate que ceux qui avaient quelques difficultés en début de semaine, ont clairement progressé au fil des jours.

Je retrouve JF et JC, en haut, et nous repartons pour une descente très sinueuse et technique. Je prends mon pied! Le rallye de Monte-Carlo a l'habitude de l'emprunter, on comprends pourquoi.

Nous arrivons au pied du col de Castillon, c'est le dernier de cette traversée des Alpes, il n'est ni très long, ni très pentu. Alors que nous avons rejoins le groupe des meilleurs, je dois de nouveau lever le pied et les laisser filer devant moi, la chaleur nuisant une fois de plus à mon rendement.

Dernière descente jusqu'à Menton, où j'ai un peu moins d'entrain, et où je reste en retrait.

Il nous reste à traverser Menton, au milieu de la circulation, et dans les derniers mètres, nous
prenons en pleine face, une superbe vue sur la Méditerranée. Wouah, c'est grandiose comme final! Les participants se congratulent, heureux d'avoir mener à bien cette longue traversée des Alpes.


Voilà, l'aventure est terminée, et chacun devra rentrer chez soi, le soir même ou le lendemain. Il en demeurera néanmoins de merveilleux souvenirs. Pour ma part, je suis sûre que de très bons souvenirs rejailliront, et me rappelleront cette cyclo, dès que j'aurais l'occasion de poser mes roues sur l'un de ces cols, de nouveau.

Pour ceux qui l'ont vécu, j'espère avoir retranscrit aussi fidèlement que possible cette belle aventure,  et même si elle s'est passée différemment pour chacun d'entre nous, je suis sûre que vous y retrouverez quelques similitudes. Pour les autres, je ne peux qu'espérer que ce blog vous donnera envie d'y participer vous aussi, et que vous puissiez apprécier, tout comme ce fut le cas pour moi, le côté sportif et humain de cette grande cyclo.

Je remercie les membres du staff, Philippe, Odile, Christian, Olivier, Jacques, Marcel, Robert, les kinés... pour la bonne humeur qu'ils ont su insuffler à cette cyclo, mais aussi la disponibilité et le dévouement dont ils ont fait preuve, pendant toute la durée de ce séjour.

Un grand merci aussi aux participants, avec qui j'ai partagé tous ces moments de joie ou de souffrance dans les montées, Jean-François, Jean-Claude, Fernand, Guy, Philippe (le sanglier des Ardennes), Jean-Philippe, Léon, Hervé, François, Arnaud, ... bref la liste serait trop longue. En tout cas, au plaisir de vous revoir sur cette cyclo ou une autre, ou peut-être qui sait, pour une traversée des Pyrénées en 2017?...